Corridors commerciaux
Le système des SEZ en Inde connaît la plus grande réforme depuis 2005 : ambitions manufacturières et nouvelle réalité du commerce mondial
Le gouvernement indien prépare la plus grande réforme du régime des zones économiques spéciales (ZES) depuis la loi sur les ZES de 2005, afin de s'adapter aux nouvelles dynamiques de la modernisation industrielle, de la restructuration des chaînes d'approvisionnement mondiales et de l'évolution des règles commerciales.
Contexte : d'un moteur d'exportation à l'obsolescence institutionnelle
En 2005, l'Inde a promulgué la loi sur les zones économiques spéciales (ZES), visant à créer un environnement opérationnel sans contrainte pour l'industrie manufacturière tournée vers l'exportation. Ce cadre a initialement réussi à attirer des investissements et à stimuler les exportations, favorisant l'émergence de clusters industriels dans les technologies de l'information, les produits pharmaceutiques, l'ingénierie et l'électronique. Cependant, vingt ans plus tard, les règles commerciales mondiales, les politiques fiscales nationales et le paysage concurrentiel industriel ont tous connu des changements fondamentaux, et le modèle original des ZES montre progressivement des défauts structurels.
Trois pressions obligent à la réforme
Premièrement, l'érosion des avantages fiscaux. Les exonérations d'impôt sur le revenu, la taxe minimale de remplacement (MAT) et les allègements de la taxe sur la distribution de dividendes (DDT) offerts par le cadre initial ont progressivement expiré ou ont été supprimés au fil du temps, réduisant considérablement l'attrait des ZES pour les investisseurs. Comme le souligne Ashoo Gupta, associé chez Shardul Amarchand Mangaldas & Co, la suppression des incitations fiscales est l'un des facteurs clés ayant affaibli la compétitivité des ZES.
Deuxièmement, les contraintes des règles de l'OMC. Les subventions fiscales liées aux performances à l'exportation sont soumises aux règles de l'OMC sur les subventions et les mesures compensatoires, obligeant l'Inde à ajuster sa structure d'incitations. Arpita Mukherjee, professeure au Conseil de recherche sur les relations économiques internationales (ICRIER), souligne que les incitations non fiscales sont limitées, tandis que les incitations fiscales sont entravées par les différends à l'OMC.
Troisièmement, la concurrence des cadres alternatifs. Le régime de fabrication et d'opérations d'entreposage (MOOWR) permet aux entreprises d'opérer depuis n'importe quel endroit, de différer le paiement des droits de douane, n'impose aucune exigence de recettes nettes en devises et peut servir à la fois les marchés intérieurs et d'exportation, offrant une flexibilité bien supérieure à celle des ZES traditionnelles. Gulzar Didwania, associé chez Deloitte India, indique que ce cadre a déplacé les décisions d'investissement de considérations fiscales vers des préoccupations liées à la chaîne d'approvisionnement et à l'orientation exportatrice.
ZES 2.0 : orientations de la réforme et intentions stratégiques
- Selon Business Standard, la réforme ZES 2.0 en discussion couvre les domaines clés suivants :
- Simplification de l'accès au marché intérieur : réduire les barrières tarifaires lors de la vente sur le marché national, afin de remédier au désavantage tarifaire inverse auquel étaient confrontées les entreprises des ZES lorsqu'elles introduisaient leurs produits sur le marché intérieur — à savoir que des produits similaires pouvaient entrer avec des droits de douane plus bas via des accords de libre-échange.
- Règles d'exploitation flexibles : supprimer l'exigence de surface minimale, permettant des unités de fabrication de plus petite taille afin d'attirer les PME et les secteurs émergents.
- Révision des exigences en devises : ajuster les exigences de recettes nettes en devises (NFE) pour permettre aux entreprises d'équilibrer plus facilement les proportions de ventes intérieures et d'exportation.
- Renforcement de l'intégration dans les chaînes de valeur mondiales : encourager, par des incitations fiscales et non fiscales, l'intégration des entreprises des ZES dans les chaînes d'approvisionnement régionales et mondiales des multinationales.
Nilanjan Banik, professeur à l'Université Mahindra, souligne que la valeur fondamentale du cadre original résidait dans l'approbation unique et les infrastructures, mais qu'au niveau de la mise en œuvre, les procédures d'approbation complexes des États et les chevauchements réglementaires sont restés non résolus pendant longtemps. La ZES 2.0 tente de remédier à ces problèmes tenaces par le biais d'un mécanisme de coordination entre le centre et les États.## Importance profonde pour l'industrie manufacturière indienne
Cette réforme ne se limite pas à une simple mise à jour d'une politique vieillissante ; elle constitue une mesure cruciale pour l'Inde dans sa quête d'attirer les investissements manufacturiers dans le cadre du réajustement de la chaîne d'approvisionnement mondiale « Chine + 1 ». Alors que les entreprises multinationales cherchent à diversifier leurs bases de production, l'Inde a besoin d'offrir un environnement politique compétitif au niveau international. Le succès de cette réforme déterminera si l'Inde peut passer de l'assemblage à faible valeur ajoutée dans la chaîne de valeur à une fabrication à haute valeur ajoutée.
Mahendra Chouhan, président de la Chambre de commerce et d'industrie IMC, a souligné que les anciennes ZES (zones économiques spéciales) ont contribué aux exportations, aux investissements et aux infrastructures, mais que l'expansion manufacturière n'a pas atteint les objectifs escomptés, de nombreux parcs approuvés affichant un faible taux d'utilisation. Si la ZES 2.0 peut se coordonner avec des politiques telles que le « Plan d'incitation lié à la production » (PLI) et « Make in India », elle pourrait créer une synergie.
Défis et perspectives
Bien que l'orientation soit correcte, la réforme est confrontée à des obstacles : la lenteur des réformes foncières et du travail au niveau des États ; l'incertitude de la politique fiscale qui pourrait affecter la confiance des investisseurs ; et la manière d'équilibrer les avantages existants de cadres comme MOOWR. En outre, de nouveaux enjeux tels que les normes ESG et les exigences en matière d'énergie verte doivent être intégrés dans la conception des ZES.
Arpita Mukherjee estime que la réforme doit éviter une approche unique et adapter les mesures d'incitation en fonction des caractéristiques des secteurs (comme l'électronique, les produits pharmaceutiques, les logiciels) tout en simplifiant les procédures de conformité.
Conclusion
Cette réforme du régime des ZES en Inde reflète une transition de la politique économique du « quantitatif » au « qualitatif » : il ne s'agit plus seulement de rechercher des volumes d'exportation, mais de viser une mise à niveau de la chaîne de valeur, une meilleure qualité de l'emploi et des retombées technologiques. Si la ZES 2.0 est mise en œuvre avec succès, elle pourrait devenir un catalyseur de l'essor de l'industrie manufacturière indienne ; si elle reste une simple formalité, elle pourrait faire manquer à l'Inde la fenêtre de restructuration de la chaîne industrielle mondiale. Les investisseurs et les entreprises doivent suivre de près les détails de la mise en œuvre et l'efficacité de l'exécution de ces politiques.
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