Économie de l'Inde
Le fossé de productivité se creuse en Inde : le dilemme de l'industrie manufacturière sous une forte croissance du PIB.
L'écart de productivité du travail entre l'Inde et la Chine s'est creusé de plus de 30 000 dollars depuis 2000. Malgré une croissance robuste du PIB, la transition manufacturière n'a pas encore été réalisée, et le déséquilibre structurel entre les services et l'industrie manufacturière en est la clé.
L'écart de productivité sous l'apparence de la prospérité
L'économie indienne a connu une croissance rapide ces dernières années, attirant l'attention mondiale. Cependant, un rapport d'Equirus Securities révèle un fait alarmant : l'écart de productivité du travail entre l'Inde et la Chine s'est creusé de plus de 30 000 dollars (en termes de production par habitant) depuis 2000. Bien que le PIB par habitant de l'Inde ait plus que triplé depuis 1995, l'amélioration de la productivité est bien inférieure à celle de ses voisins asiatiques. Cela signifie que l'Inde n'a pas encore connu le « bond de productivité tiré par l'industrie » qu'ont connu la Chine, la Corée du Sud et le Viêt Nam pendant leurs périodes de forte croissance.
Les limites de la prospérité des services
Le principal moteur de la croissance de la productivité en Inde est le secteur des TI et des services, un modèle qui a permis une croissance annuelle moyenne de la productivité de 5,3 % dans les années 2000. Mais dans les années 2010, le taux de croissance est tombé à 3,4 %, en raison d'une série de chocs économiques – la démonétisation de 2016, les perturbations de la mise en œuvre de la TPS en 2017 et la crise de liquidité du secteur bancaire parallèle – qui ont gravement pesé sur l'immense économie informelle indienne. Le rapport souligne que l'impact de la pandémie de COVID-19 sur la productivité de l'Inde a été le plus grave de l'échantillon (baisse de 12,3 % en 2020), reflétant directement la dépendance de l'Inde à l'égard du secteur informel et des travailleurs mobiles, ainsi que les conséquences d'un confinement strict.
Bien que le secteur des services soit très efficace, sa capacité à créer des emplois est limitée, ce qui entraîne une grave disparité de productivité dans l'ensemble de l'Inde. Si l'on exclut les services, la croissance de la productivité dans le secteur de la production de biens est beaucoup plus modérée. Ce « fossé entre les services et l'industrie manufacturière » signifie que les secteurs les plus dynamiques de l'économie indienne ne peuvent offrir des emplois à haute productivité qu'à une minorité, tandis que la majorité de la main-d'œuvre reste piégée dans des secteurs à faible productivité.
PLI et China+1 : progrès localisés, aucun changement global
Le programme d'incitations liées à la production (PLI) mis en place par le gouvernement indien, ainsi que la tendance « Chine+1 » dans la restructuration des chaînes d'approvisionnement mondiales, sont considérés comme des leviers importants pour promouvoir la modernisation de l'industrie manufacturière. Le rapport reconnaît que la croissance de la production dans les secteurs de l'électronique, des produits pharmaceutiques et des pièces automobiles est réelle. Cependant, la part de l'industrie manufacturière dans le PIB n'a pas augmenté de manière structurelle. En d'autres termes, le PLI et les entrées de capitaux étrangers n'ont pas encore modifié la structure industrielle de l'économie indienne. Le secteur manufacturier reste trop petit pour servir de moteur à l'amélioration de la productivité, comme il l'a fait en Chine.
Les problèmes structurels persistent
Le rapport indique que la croissance future de la productivité en Inde se heurte à plusieurs contraintes rigides. Premièrement, la rigidité du marché du travail, en particulier les réglementations en matière d'emploi et l'inadéquation des compétences, freine l'expansion des entreprises et l'amélioration de l'efficacité. Deuxièmement, les coûts logistiques élevés – les coûts logistiques en Inde représentent environ 13 à 14 % du PIB, contre seulement 8 à 9 % en Chine. Cela affaiblit directement la compétitivité de l'industrie manufacturière. De plus, la lenteur des réformes foncières et la pression sur les prix des matières premières sont autant de facteurs qui entravent la transition de l'Inde vers un modèle à haute productivité.
Atouts fondamentaux et clés des réformesMalgré les défis mentionnés ci-dessus, les fondamentaux à long terme de l'Inde restent favorables : une population jeune, des marchés de capitaux matures, des flux d'investissements étrangers constants et une infrastructure numérique de plus en plus développée. Cependant, le rapport souligne que les dépenses d'investissement et les programmes d'incitation seuls sont loin d'être suffisants. Maintenir une croissance plus élevée de la productivité nécessite des réformes structurelles plus profondes, notamment en ce qui concerne les coûts de transport et la réforme foncière. Ce n'est qu'en réalisant des progrès dans ces domaines que l'Inde pourra transformer sa croissance économique rapide en une véritable augmentation de la productivité totale des facteurs et réduire l'écart avec la Chine.
L'économie indienne se trouve à un carrefour : soit continuer à s'appuyer sur une croissance déséquilibrée tirée par les services, soit libérer le potentiel manufacturier grâce à des réformes audacieuses et suivre une voie de modernisation industrielle similaire à celle des économies d'Asie de l'Est. Les choix politiques des prochaines années détermineront si l'Inde pourra franchir le « piège du revenu intermédiaire » et parvenir à une prospérité durable.
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